Les herbivores, grands façonneurs de notre biodiversité

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Les herbivores, grands façonneurs de notre biodiversité

Par leurs régimes alimentaires, les herbivores modèlent les prairies. Quelle place ont-ils encore ? Sommes-nous prêts à redonner la leur aux plus grands d’entre eux ?

Quand sont apparus les herbivores ?

L’herbivorie existe depuis le début de la vie sur Terre à travers des groupes très variés, des reptiles en passant par les marsupiaux. Elle est présente partout dans des milieux aussi extrêmes que les déserts, les hautes altitudes… À l’Ère secondaire*, lorsqu’il n’y avait pas encore de mammifères, il y avait certes des dinosaures carnassiers, mais ils avaient naturellement besoin de dinosaures brouteurs pour vivre ! C’est le point de départ de la chaîne alimentaire.
On peut classer les herbivores de 2 façons. La première prend en compte leur format : elle distingue les petits (moins de 100 kg), les grands (entre 100 kg et 1 tonne) et les méga-herbivores (plus d’1 tonne), ces derniers n’étant plus présents en Europe. Le second classement repose sur le régime alimentaire. Il distingue les herbivores relativement stricts tels les chevaux, qui sont presque exclusivement des mangeurs d’herbe, les herbivores qui consomment autant d’herbacées que de ligneux* comme le Bison ou le Cerf, et les herbivores qui mangent essentiellement des ligneux comme l’Élan et le Chevreuil.

Pourquoi certains herbivores ont-ils disparu d’Europe ?

Depuis toujours, les humains exercent sur eux une forte pression de chasse, à visée alimentaire, vestimentaire, mais aussi rituelle. Lorsque l’Homme est passé de chasseur-cueilleur à cultivateur-éleveur, les herbivores ont par ailleurs été perçus comme « nuisibles ». Ils pouvaient à la fois impacter les récoltes et venir saillir les animaux domestiqués, faisant alors reculer la lente sélection de l’élevage visant à créer des animaux plus productifs et plus dociles. Élan, Tarpan*, Bison et Auroch ont ainsi récemment disparu de nos paysages. Le Cerf est le seul grand herbivore, le plus modeste en taille, qui a survécu en Europe.

En quoi les grands herbivores sont-ils des clefs de voûte des écosystèmes ?

Dans un milieu naturel, les herbivores forment des guildes. Chacune a sa niche écologique et cohabite avec les autres, se nourrissant de strates végétales différentes. La présence des petits herbivores dépend directement des méga et grands herbivores, car c’est grâce à eux que sont créés les milieux herbeux. En effet, la végétation a tendance à monter toujours plus haut à la recherche de lumière, ce qui aboutit naturellement à la formation de forêts. Les herbivores maintiennent des milieux ouverts, les espaces se renouvelant perpétuellement, formant des mosaïques.
À l’inverse, à travers ses activités d’agriculteur et de forestier, l’Homme génère des espaces ouverts exploités et des espaces fermés entièrement boisés. De nos jours, les milieux herbacés ont très largement régressé avec toute leur biodiversité associée.

Le mot de l'expert, Thierry LECOMTE, Docteur en écologie, Expert en relations herbivorie et biodiversité
Que peut-on faire pour redonner aux grands herbivores une véritable place ?

En Europe, on assiste à un mouvement de rewilding, ou réensauvagement, pour réhabiliter la grande faune. Le Bison a par exemple été réintroduit en Allemagne, on peut désormais de nouveau le rencontrer dans la nature. En France, le groupe de travail HOPE (Herbe Ongulés Pâturage Écosystème) réfléchit à cette question. Cela demandera du temps, car les résistances sont fortes, mais l’enjeu l’est tout autant : il s’agit de remettre en place les mécanismes écologiques moteurs de biodiversité.

Mini glossaire

Ère secondaire : période entre - 252,2 et - 66,0 millions d’années avant le présent.
Ligneux : arbres ou arbustes.
Tarpan : ancêtre du cheval.