Changement climatique : la Bourgogne aussi se réchauffe

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Observe-t-on déjà le changement climatique?

Oui. Les stations météorologiques du territoire de Bourgogne-Franche-Comté enregistrent toutes un réchauffement: au moins 1°C depuis 1960. Il s’agit d’un signal fort partagé sur les 4 saisons et qui concerne les températures de nuit et de jour. Les vagues de chaleur s’intensifient, les vagues de froid sont moindres. La quantité de précipitations, elle, n’a pas vraiment changé, et sur l’intensité d’événements comme les orages, aucune tendance nette ne se dégage. Enfin, le réseau de mesure ne permet pas de tirer des conclusions robustes sur les vents, le rayonnement solaire, le brouillard, ou encore la grêle.

Quels sont les effets du changement climatique?

Le changement climatique a et va avoir un impact énorme. Tous les stades phénologiques* sont d’ores et déjà décalés: les plantes fleurissent précocement, les animaux pondent ou mettent bas en avance. Moissons, vendanges et autres récoltes ont déjà lieu 2 à 3 semaines plus tôt. Cela devrait encore s’amplifier dans les décennies à venir. La saison végétative* est plus longue, ce qui engendre une biomasse* plus importante. Or lorsqu’il fait plus chaud, les plantes consomment davantage d’eau. La situation devient alors problématique en période de sécheresse. En 2018, par exemple, l’hiver et le printemps ont été très arrosés, mais l’été le plus long jamais observé avec une fin d’été particulièrement sèche ont provoqué un stress hydrique inédit. Ce scénario est amené à se reproduire. Pas tous les ans, certes. Mais parfois sans avoir bénéficié d’autant de pluies en hiver et au printemps. Les activités humaines estivales comme le pâturage ou la culture de maïs nécessitent de l’eau que nous n’aurons proportionnellement plus en quantité suffisante.

Qu’est-il prévu pour l’avenir?

On cherche à prévoir le futur à l’aide de modèles climatiques, des systèmes informatiques qui reproduisent le comportement du climat terrestre pour comprendre les évolutions possibles. Les chercheurs en ont développé une trentaine dans le monde. Les prévisions concernant les pluies sont peu fiables, car les précipitations dépendent d’effets de seuil particulièrement complexes. Les modèles convergeraient cependant pour dire que les pluies des saisons chaudes seront plus aléatoires. Les modèles sont en revanche tout à fait unanimes en ce qui concerne l’augmentation des températures. D’ici 30 ans, nous allons encore gagner environ 1°C. Cette hausse est à présent inéluctable. Après, tout est encore possible: cela dépend de ce que nous faisons aujourd’hui. Le GIEC* préconise de devenir neutre en carbone d’ici 2050 pour enrayer le changement. Si on ne met pas tout en œuvre pour atteindre cet objectif, le pire est à craindre.

Le Mot de l'expert

Yves RICHARD, Professeur de géographie à l’Université de Bourgogne, Responsable du Centre de Recherches de Climatologie Biogéosciences

Que faire?

Nous devons mettre en place des stratégies d’adaptation: faire pousser de l’herbe en été, irriguer massivement… sera très bientôt impossible. Il faut faire évoluer nos pratiques pour être en capacité de faire face au changement. Pour freiner le réchauffement, nous devons aussi mener une grande transition énergétique. Individuellement et collectivement, nous pouvons tous agir (moins de km en voiture ou en avion, isolation des bâtiments, achats responsables, réduction de l’artificialisation des surfaces voire renaturation…). Il y a 30 ans, nombreux étaient les climatosceptiques. Les mentalités ont évolué, mais nous ne pouvons plus attendre 30 ans pour changer.

Mini-glossaire

Biomasse: quantité d’organismes vivants (ici de végétaux).

GIEC: Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat.

Stades phénologiques: événements qui rythment le monde vivant au fil des saisons.

Saison végétative: période de croissance des plantes.